Strava et Sport Heroes, la rupture

Depuis ce jeudi 16 mars, vous ne pouvez plus synchroniser vos données Strava avec Sport Heroes (et donc, pour les coureurs, Running Heroes). On vous explique pourquoi.

C’est une histoire de ménage à trois qui se finit mal. Avec, en protagonistes, deux mastodontes américains, Strava et IronMan, et le Français Sport Heroes. Avant de rentrer (un peu) dans le détail, on vous donne tout de suite la fin de l’histoire : depuis hier, impossible pour les coureurs de synchroniser leurs données Strava avec Running Heroes ou de se servir de Strava dans le cadre d’une participations aux IronMan VR, courses virtuelles lancées dans le cadre du confinement.
Alors, que s’est-il passé ? Du côté de Strava, on justifie la fermeture du robinet ainsi : « Comme beaucoup d’entre vous, l’équipe Strava a été très emballée d’apprendre que Ironman lançait une série de courses virtuelles. Après étude, nous avons constaté que les athlètes ne liaient pas leur profil à Ironman directement mais à Sport Heroes. Ainsi, lorsque des personnes essaient de s’inscrire à Ironman VR, elles se retrouvent automatiquement connectées à toutes les applications Sport Heroes. Sport Heroes interconnecte et rassemble toutes les données de ses clients à un seul endroit, avec relativement peu de transparence sur l’exploitation qui en est faite. S’inscrire à Ironman VR pourrait mener à l’exploitation de vos données par de nombreux autres partenaires. Cette expérience spécifique pour Ironman VR a été créée sans que Strava soit averti au préalable. »
En fait, lorsqu’IronMan a voulu lancer ses courses virtuelles, il s’est retrouvé face à un problème de taille : techniquement, il n’était pas en mesure de le faire, en tout cas pas dans le temps imparti. Il s’est donc tourné vers Sport Heroes qui, de son côté, possède les compétences et l’expérience dans ce domaine. Pas de souci sur le principe pour Strava. Mais là où ça se complique un peu, c’est dans la mise en oeuvre.

Un problème de clé

En effet, plus de 40.000 applications ont accès à l’API de Strava. L’API (Application Programming Interface) c’est, en gros, une porte qui permet à une application de communiquer avec une autre application. Mais pour pouvoir l’ouvrir, il faut donc une clé. Strava a donné une clé unique, un identifiant, à chacune des 40.000 et quelques applications qui utilisent ses données. Sport Heroes a donc une telle clé, qui lui est propre.
Le souci c’est que, lors de la création des courses virtuelles IronMan, Sport Heroes n’a pas demandé une nouvelle clé pour cette appli mais a utilisé la clé qui lui avait été donnée il y a des années par Strava. Du coup, quand les participants s’inscrivaient à une course IronMan VR en passant par Strava, leur compte Strava se retrouvait automatiquement lié non pas à IronMan mais à Sport Heroes. Et ça, ça va à l’encontre des conditions d’utilisation de Strava : « Votre clé API ne doit pas être utilisée pour plus d’une application ou service ».
Strava affirme que, dès le lancement des courses virtuelles fin mars, ils se sont tournés vers Sport Heroes et IronMan. Ce dernier leur aurait simplement dit de voir avec Sport Heroes, qui était responsable de cette façon de fonctionner. Strava aurait ensuite donné deux semaines à Sport Heroes pour rectifier le tir, c’est-à-dire implémenter une nouvelle clé API spécifique pour IronMan VR. Ce qui n’a pas été fait avec, pour conséquence, l’action de Strava.

« Vos données vous appartiennent, pas à Strava »

Du côté de Sport Heroes, l’explication donnée sur la page de support ne rentre vraiment pas dans les détails : « Nous devons faire face, en ce moment, à des problèmes de synchronisation de vos activités Strava. Nous attendons que Strava règle le problème de son côté, ce qui pourrait prendre un certain temps. Nous vous recommandons donc, entre-temps, de vous tourner vers une autre plateforme. »En revanche, Boris Pourreau, fondateur et CEO de la startup française, s’est montré plus précis lors d’un entretien téléphonique samedi matin : « On ne comprend pas la position de Strava. Cela fait six ans que l’on fait des plateformes pour des sociétés tiers, que l’on fonctionne ainsi et cela ne leur a jamais posé de problèmes. Lors de nos dernières réunions avec eux, foin 2019 et début 2020, cela n’a jamais été évoqué. Et là, au lancement des courses virtuelles IronMan, ils nous mettent un ultimatum. En fait, tant que ça restait franco-français, que les développeurs font des petits projets, ça ne leur posait pas de problèmes, mais quand on s’allie à un gros acteur comme IronMan et qu’ils estiment, pour x raisons, que ça leur fait de l’ombre et que ça ne correspond pas à ce qu’ils auraient aimé qu’on fasse, ce n’est plus la même chose. C’est déjà ce qui s’était passé avec Relive (NDLR : un service qui permet de revivre sa course sur carto 3D qui a vu Strava lui couper le flux de données l’été dernier suite à l’inclusion, par Relive, d’un fil social). »Mais les conditions d’utilisation de l’API de Strava sont claires sur le fait de ne pas l’utiliser de cette manière, non ? « Ces termes sont en fait suffisamment flous et écrits de telle manière que personne ne peut les respecter. Et, encore une fois, pendant des années on a fonctionné ainsi sans qu’ils ne se posent de questions. »Mais, techniquement, n’était-il pas possible de s’arranger ? « Avec la situation actuelle et tout le monde en télétravail, il nous fallait 4 semaines. On a essayé de les avoir pour leur expliquer que ce serait plus compliqué que prévu. On a réussi à les joindre uniquement la veille de la fin de la deadline, donc le 15 avril. Ce jour-là, on leur a dit qu’on était ok pour faire les changements si ça les rassurait et qu’on pouvait même trouver des solutions pendant ce mois de délai. Ils nous ont dit qu’ils reviendraient vers nous. Ils ne l’ont pas fait et, le lendemain, ils nous ont simplement informé qu’ils avaient mis fin à notre API… »
De son côté, IronMan est bien plus direct : « Nous avons appris ce matin que Strava vous interdit désormais de partager vos activités Strava sur votre compte IronMan. Vous avez travaillé dur pour que vos données puissent être utilisées dans le cadre de nos courses virtuelles. Et, bien que les athlètes de notre club virtuel aient donné l’autorisation que leurs données Strava soient partagé avec notre plateforme, Strava pense qu’il a le droit des les en empêcher. Nous regrettons cette décision, que nous considérons comme fautive et manquant de perspicacité. Vos données vous appartiennent, elles n’appartiennent pas à Strava… »Toujours est-il que Strava ne ferme absolument pas la porte de son côté, précisant : « Nous sommes tout à fait enclins à travailler avec Sport Heroes dans le futur, mais il est impératif qu’ils règlent ce problème. » Même discours chez Sport Heroes, à une nuance près : « En tant que start-up et que partenaire, on ne peut pas accepter qu’ils nous traitent ainsi, qu’ils fassent croire à nos membres que nous ne faisons pas tout ce qu’il faut en matière de protection de données. Mais, honnêtement, je doute que ce soit vraiment ça leur problème. Mais on ne ferme pas du tout la porte à un retour avec eux. En attendant, nous allons inciter nos membres à se tourner vers d’autres plateformes… »

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