Douleurs au talon : causes et traitements

Douleurs au talon : causes et traitements
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La douleur au talon fait partie des blessures spécifiques les plus fréquentes du coureur. Il peut s’agir d’une aponévrosite plantaire, mais pas seulement. Comment bien distinguer les talalgies pour mieux les soigner ?

Cela tombe sous le sens : le talon étant l’une des zones les plus sollicitées chez le coureur, il est forcément sujet à des douleurs. Si la plupart des talalgies sont d’origine mécanique, il ne faut pas ignorer qu’avoir mal aux talons constitue aussi un des symptômes de la spondylarthrite ankylosante, maladie inflammatoire de la colonne vertébrale. Dans ce cas, la douleur apparaît en fin de nuit ou au réveil, passe d’un pied à l’autre et le talon peut être gonflé. Autres causes possibles, non mécaniques : une artérite, une compression du nerf tibial, un excès d’acide urique (la goutte), une prise d’antibiotiques. Néanmoins, chez le coureur, c’est généralement l’impact de la foulée qui déclenche la douleur. À différents endroits et pour différentes raisons.

Aponévrosite, talonnade, fracture de fatigue ?

La majorité des douleurs du talon sportif sont dues à une souffrance de l’aponévrose, cette structure fibreuse qui maintient la voûte plantaire, relie l’os du talon et l’avant-pied et sert à la fois de propulseur et d’amortisseur. Peu élastique et très sollicitée, elle peut facilement s’irriter et manifester son ras-le-bol par une violente crampe sous la voûte plantaire et une forte douleur dans la partie interne du talon ; soit en pleine course, soit au réveil, dès les premiers pas : c’est la fameuse aponévrosite plantaire. Lorsque la douleur se situe au niveau de l’os du talon (le calcanéum), elle peut alors être le signe d’une fracture de fatigue (fissure d’un os sain par des micro-traumatismes répétés). Il peut aussi d’agir d’une bursite (inflammation d’une bourse séreuse). Parfois, c’est le coussinet du talon qui trinque : à force d’impacts, le capiton s’amincit, parfois jusqu’à disparaître, entraînant une inflammation des tissus. Cette talonnade, pathologie que tous les médecins ne reconnaissent pas comme telle, se manifeste dès le matin ou après une station prolongée debout, par une vive brûlure sur le pourtour du talon, toujours de façon unilatérale.

Que faire en première intention ?

Consultez ! Une douleur au talon ne passera pas d’elle-même et seuls un véritable examen clinique et une imagerie médicale ad hoc permettront de déterminer la nature du problème...et de le traiter correctement, même si parfois ça prend du temps. Ignorer une aponévrosite plantaire équivaut d’emblée à l’installer dans la chronicité et à souffrir en permanence. Même si la douleur tend à s’estomper à l’échauffement, elle revient au cours de l’effort et cette inflammation finit, en plus, par créer une épine calcanéenne... Passer outre les signe d’une fracture de fatigue du calcanéum, c’est risquer la vraie fracture, et se dire que la talonnade n’existe pas, c’est trinquer inutilement et peut-être passer à côté d’autre chose. Bref, se contenter de glacer et avaler des antidouleurs n’est pas une solution.

Quels traitements dans quels cas ?

Une fois le bilan clinique établi, place aux traitements : notamment les massages profonds et les ondes de choc pour l’aponévrosite, qui peut exiger trois à six mois pour s’en débarrasser. Chez les sportifs, on évite en effet les infiltrations de cortisone risquant de fragiliser l’aponévrose, mais des injections de PRP (plaquettes et plasma sanguin du patient) peuvent s’envisager sur une aponévrosite chronique avant d’imaginer recourir à une intervention chirurgicale (peignage de l’aponévrose pour limiter la tension) susceptible d’engendrer un affaissement de la courbure de la voûte plantaire. Vérification du chaussage, éventuellement réalisation de semelles sur mesure et surtout réaménagement/allègement de la charge d’entraînement font aussi parti du traitement, car il ne s’agit pas d’arrêter de courir mais de mieux pratiquer, bien équipé. Idem pour la talonnade, la bursite ou la fracture de fatigue. Tout est question de gestion du stress mécanique. 

Comment les éviter ?

Moins de poids, plus de calcium... et un entraînement raisonné !

Le talon est en première ligne quand il s’agit de réceptionner le poids du corps sur le sol, surtout chez les coureurs qui n’ont pas adopté la fameuse foulée avant-pied. Éviter qu’il ne souffre passe donc déjà par un allégement du poids corporel (privilégiez protéines maigres, légumes, fruits, céréales complètes et légumineuses) et un apport suffisant en calcium pour préserver la densité osseuse (fromage à pâte dure, yaourts, eau riche en calcium type Hépar ou Rozana). Une supplémentation en vitamine D, qui fixe le calcium, peut être souhaitable.

Il est indispensable de pratiquer un bilan postural pour traiter au plus tôt un défaut de dynamique plantaire, via des semelles adaptées et un chaussage ad hoc (réduire l’amorti du modèle utilisé vous poussera à moins attaquer du talon). Il est impératif, aussi, d’être très progressif dans votre entraînement, de mixer vos séances de course avec des activités portées (natation, vélo). Veillez également à ne pas laisser traîner de blessures annexes, type entorses de la cheville, qui peuvent déséquilibrer la structure, et à bien choisir vos chaussures de ville : à la marche et au piétinement, le talon trinque aussi !