Anti-inflammatoires : ne jouez pas avec le feu !

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Banalisés dans le langage courant appliqué aux soins, les anti-inflammatoires n’ont pourtant rien d’anodin et doivent faire l’objet d’un usage parfaitement approprié.

Deux grandes classes de médicaments possèdent des effets dits anti-inflammatoires : les anti- inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et les glucocorticoïdes. Ils ont en commun des propriétés antipyrétiques (ils font baisser la température lorsqu’il y a de la fièvre), antalgiques (contre la douleur) et anti-inflammatoires.
Les glucocorticoïdes sont des dérivés cortisoniques. Ils sont donc tous interdits en compétition et leur utilisation doit toujours répondre à une prescription médicale bien particulière.
Ils ne doivent jamais être utilisés en soin préventif mais exclusivement en curatif. Leur utilisation sans consultation et avis médical est à proscrire.
Les AINS comprennent des molécules en vente libre, d’autres sur prescription. En fait, le seul AINS en vente libre, quel que soit le dosage et le sel sous lequel il est commercialisé, est représenté par l’aspirine (acide acétylsalicylique) ; les autres molécules délivrées sans ordonnance comme l’ibuprofène (Advil) ou le kétoprofène (Toprec) ne le sont qu’à de faibles dosages. Ces molécules sont alors utilisées comme antalgiques ou antipyrétiques, leur activité anti-inflammatoire n’apparaissant qu’à des dosages plus importants, et donc sur avis médical. Une automédication consistant à multiplier le nombre de comprimés par prise afin d’atteindre des dosages anti-inflammatoires sans l’accord d’un médecin vous fait prendre des risques tels que le surdosage ou l’interaction médicamenteuse dangereuse avec d’autres médicaments pris par ailleurs.

Comment ces molécules agissent-elles ?
L’inflammation est une réaction de l’organisme qui entraîne classiquement rougeur (vasodilatation), gonflement (œdème), chaleur (augmentation de la circulation sanguine locale) et douleur (due à la libération de molécules provoquant la douleur). Cette réaction normale de l’organisme fait suite à une agression qui peut être mécanique (la plus fréquente chez le coureur), chimique, infectieuse ou tumorale. Par des mécanismes d’auto entretien ou d’amplification, cette réaction peut entraîner un état pathologique. C‘est ce qui se rencontre chez le sportif qui n’observe pas le repos nécessaire ou qui intensifie son entraînement, alors qu’il devrait laisser récupérer son organisme lorsque ce dernier lui adresse les premiers signes d’alerte représentés par l’inflammation à son début.
L’inflammation est en fait une cascade de réactions chimiques et les AINS exercent leur effet principalement par l’intermédiaire d’une inhibition de l’activité d’une de ces étapes, le mécanisme de cette inhibition étant différent en fonction des AINS et étant également obtenu à des posologies différentes selon les AINS.

Effets indésirables
Par ailleurs, la prise de ces médicaments peut entraîner des effets indésirables le plus souvent mineurs, mais pouvant occasionnellement être graves voire très graves. Il s’agit essentiellement de :
- troubles digestifs : nausées, vomissements, diarrhée, constipation, douleurs gastriques, gastrite, ulcère gastro-intestinal, saignement digestif ;
- d’allergie : respiratoire, dermatologique, voire de choc anaphylactique ;
- neurologiques : céphalées, vertiges, bourdonnement d’oreille, troubles visuels ;
- de troubles rénaux ;
- de troubles hématologiques ;
- de troubles hépatiques.
Tous ces effets indésirables sont plus fréquents pour des doses importantes, surtout si elles sont répétées, mais aussi pour des doses faibles et occasionnelles. Ils sont également, pour certains, favorisés par leur interaction avec d’autres médicaments traitant la coagulation ou l’hypertension artérielle.

Compte tenu de leur mode d’action et des risques non négligeables de leur utilisation, il découle logiquement qu’ils ne présentent aucun intérêt en préventif et que prendre un AINS avant une compétition dans le seul but d’amoindrir ses souffrances secondaires à l’effort peut être inutilement dangereux. En outre, de telles prises entrent dans une logique intellectuelle de dopage quand bien même ces produits ne sont pas interdits.

Néanmoins, lorsqu’une préparation soigneuse et assidue d’une compétition vient à être contrariée par une douleur les jours précédant la compétition, la prise de ces médicaments est logique en automédication à condition de respecter les doses indiquées sur les notices ou conseillées par le pharmacien.
Il en est de même les jours suivant une compétition en respectant un repos suffisant.
Si les douleurs en pré ou post compétition s’intensifient ou ne cèdent pas, une consultation médicale est indispensable. Elles ne doivent en aucun cas conduire le sportif à augmenter les doses ou à multiplier les prises de lui-même.
Soulignons qu’après une compétition ces molécules ne doivent pas être absorbées en vue d’améliorer la récupération, ce qu’elles ne font pas, mais seulement en cas de douleurs anormales. La récupération est affaire de repos, diététique et, si possible, de soins de kinésithérapie.