Allergies : gardez une foulée d’avance

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Dans ses manifestations ORL ou respiratoires, l’allergie peut rapidement constituer une entrave à l’entraînement du coureur. Sauf si vous prenez le meilleur départ… Explications.

L’allergie correspond à un état d’hypersensibilité provoquée par une réaction de l’organisme vis-à-vis de substances naturelles ou synthétiques présentes dans notre environnement. Ces substances sont alors appelées « allergènes ». La manifestation de l’allergie passe par deux

  • 1er stade. C’est la première rencontre de l’allergène avec l’organisme, l’hypersensibilité s’installe. Cette première rencontre provoque une réaction en chaîne entre différentes cellules tissulaires et sanguines par le biais de molécules appelées interleukines, avec une production d’anticorps spécifiques dits E (IgE) qui se fixent sur certains globules blancs (globules blancs basophiles). Cette étape s’effectue sans aucune manifestation extérieure mais installe un état

  • 2e stade.C’est une deuxième ou énième rencontre de l’organisme avec l’allergène. L’allergène se lie alors avec l’anticorps E fixée sur le basophile, qui se met alors à libérer diverses substances responsables de la réaction inflammatoire (histamine, etc.) entraînant rhinite, asthme, urticaire, eczéma, avec parfois une réaction très violente pouvant occasionner un choc anaphylactique (réaction allergique aiguë parfois mortelle).

Les principaux agents responsables de réactions allergiques sont : les pollens pour 60 %, les acariens et moisissures pour 17,5 % (allergie dite à la poussière de maison), les animaux domestiques pour 12,5 %, les venins d’insectes pour 5 %, les médicaments pour 2,5 % et les aliments pour 2,5 %.
L’allergie au pollen est certainement, pour le coureur à pied, l’une des plus handicapantes car les manifestations nasales, oculaires et bronchiques entravent son entraînement. L’allergie peut n’affecter le sujet que deux à trois mois consécutifs par an en fonction de la période de pollinisation du végétal responsable, mais aussi se manifester de janvier à fin octobre selon le type du végétal (arbre, herbacées, graminées). Le problème de ce type d’allergie est de voir une recrudescence des signes cliniques en extérieur, justement là où le coureur apprécie de pratiquer son activité sportive, avec comme corollaire, une accélération et une intensification de sa ventilation. Cette majoration de l’activité ventilatoire a pour conséquence d’accroître le contact de l’allergène avec l’organisme et donc d’intensifier la rhinorrhée (écoulement nasal), le picotement et le larmoiement oculaires et surtout la toux avec parfois un bronchospasme (rétrécissement des voies respiratoires) empêchant la poursuite de l’effort. Or, il est bien difficile de se soustraire à son environnement si ce n’est d’essayer d’éviter de courir dans les lieux où se trouve le végétal responsable. Lorsque les signes sont trop invalidants, surtout en cas de signes bronchiques (asthme), il faut alors accepter un traitement médical. Le plus logique est celui d’une désensibilisation mise en place et surveillée par un allergologue. Il s’agit d’injections sous-cutanées régulièrement espacées de doses très faibles et très progressivement croissantes de l’allergène responsable. Si cette technique assez contraignante n’est ni possible ni souhaitée, un traitement médicamenteux représenté par la prise quotidienne d’un anti histaminique durant toute la période critique peut suffire à inhiber la réaction allergique. Si, malgré ces traitements surviennent de véritables crises d’asthme, l’emploi d’un broncho dilatateur, voire d’un corticoïde inhalé s’avère alors indispensable.
Les allergies aux acariens, moisissures et animaux domestiques sont moins invalidantes pour la course à pied car, dans ce cas, le coureur à pied s’extrait du milieu pour pratiquer, puisque l’allergène se trouve concentré à l’intérieur. Cependant, ces allergies fragilisent l’arbre respiratoire et la pratique sportive peut s’en trouver altérée. Il convient alors de prendre certaines précautions chez soi afin de limiter la prolifération des acariens, des moisissures, et la concentration des allergènes des animaux. Sur ce dernier point, l’idéal est de se séparer de l’animal mais cela n’est évidemment pas toujours possible ni désiré. Il faut alors prendre les mêmes mesures que pour éviter la prolifération des acariens et moisissures, les poils d’animaux se concentrant aux mêmes endroits de l’habitat. Supprimer au maximum moquettes, rideaux, tentures, peluches, tapis ; mettre en place des housses de matelas anti acariens régulièrement lavées à une température supérieure à 60°, aérer régulièrement le logement, passer 2 à 3 fois par semaine l’aspirateur, employer régulièrement des acaricides en bombe, ramener le taux d’humidité relative de l’habitat à 40-50 % et la température à 20° est les principales mesures contraignantes mais efficaces. Une allergie aux moisissures incitera à passer les surfaces de cuisine et de salle de bain ainsi que les joints de réfrigérateur et de poubelle à l’eau de javel.
Les allergies alimentaires et médicamenteuses requièrent l’éviction de l’allergène ce qui est plus aisé pour les médicaments en tenant compte des allergies croisées entre certaines molécules (exemple : aspirine – anti inflammatoire non stéroïdien) que pour les aliments compte tenu de la complexité des transformations industrielles appliquées aux produits de consommation courante. Il est donc conseillé de lire très attentivement les étiquetages des produits consommés.
Il est important de signaler que certains aliments présentent un risque d’allergie croisée avec le latex (avocat, banane, kiwi, châtaigne, sarrasin), tout comme une plante d’intérieur très répandue, le ficus benjamina.
L’allergie aux venins d’hyménoptères (guêpe, abeille, frelon…) peut enfin toucher le coureur malchanceux. La rencontre d’un tel insecte l’été est difficile à éviter. Il est alors conseillé de ne pas utiliser d’huile solaire, de parfums susceptibles d’attirer ces insectes, de s’enduire de lotion à la citronnelle plutôt répulsive et de courir légèrement vêtu, mais couvert, laissant un minimum de surface corporelle disponible pour une éventuelle piqûre. En cas d’allergie grave avec risque de choc anaphylactique mortel, le coureur devra avoir sur lui, conservée dans un sac banane isotherme, une ampoule d’adrénaline auto-injectable, prescrite par son médecin qui aura au préalable assuré l’éducation de son patient quant à l’emploi et à la manipulation de cette ampoule. En cas d’allergie moins sévère reconnue, le coureur devra avoir à sa disposition, à son retour d’entraînement, corticoïde et anti histaminique dont l’emploi aura été également expliqué par le médecin.
Au final, l’allergie, lorsqu’elle affecte un coureur, est rarement très invalidante mais toujours ennuyeuse par les contraintes qu’elle impose pour en limiter sa portée. Le seul vrai risque est l’allergie violente au venin d’insecte mais cette situation est fort heureusement rarissime.