La Réunion: Quand trop de courses tuent les courses

La Réunion: Quand trop de courses tuent les courses
Le

Avec 160 courses inscrites à son calendrier, La Réunion est l’un des départements français qui propose le plus d’événements chaque année. Difficile, dès lors, pour les organisateurs de se faire une place et de pérenniser leurs épreuves…

L’idée était intéressante. À La Réunion, où le trail trace sa route sans embûche, créer une nouvelle course sur route constituait un défi osé pour Daniel Robert et l’association Sport Passion 974. D’autant qu’il était question d’un semi et d’un marathon, des formats boudés dans le département de l’océan Indien. Dénommée Ultra-Run, cette épreuve devait être associée au Marathon international de Tana (à Madagascar), qui a lieu à la mi-octobre. Comme une sorte de jumelage. Larissa Ratsiraka, organisatrice dudit marathon malgache, avait fait la connaissance des organisateurs réunionnais en 2016. Elle les avait invités. C’est ainsi que cette idée était née, avec cette volonté de créer des passerelles et de qualifier les deux premiers locaux de l’Ultra-Run au Marathon de Tana. Un fiasco...

Alors que l’organisation espérait entre 2 500 et 3 500 inscrits sur les six courses, on annonçait tout au plus 600 mangeurs de bitume, dont une très large partie de marcheurs, au départ du Barachois, place du centre-ville de Saint-Denis, avec vue sur mer et montagne. Pis, le Marathon a été annulé trois jours avant l’épreuve, faute de participants. « Nous n’avions que 19 coureurs », explique Daniel Robert. « Un premier accouchement est souvent difficile, mais le bébé est là » martèle, comme pour se rassurer, Nacou, l’une des « petites mains » de l’organisation de cette course, aussi ambitieuse que gâchée. Dommage, car le potentiel est réel. Sur un parcours roulant entre Saint-Denis et Sainte-Suzanne, à l’est, les coureurs du semi-marathon ont pu apprécier le profil et s’offrir cette « reconquête du sentier littoral » selon la formule d’Alain Couderc, adjoint aux sports du chef-lieu. Cet échec s’inscrit dans un contexte de forte concurrence sur une île dont le calendrier des courses hors-stade est particulièrement chargé. 160 épreuves en tout. À titre de comparaison, un département comme l’Essonne recensera, en 2018, seulement 72 compétitions… meetings d’athlétisme compris !

Le phénomène Jornet

Conséquence : en 2017, seize épreuves ont été victimes de cette bousculade des compétitions à La Réunion. Parmi elles, certaines étaient inscrites dans le paysage de la course à pied locale, comme les Foulées nocturnes de Saint-Gilles-les-Bains qui devaient s’élancer le 2 septembre dernier dans les rues de la station balnéaire de l’ouest de l’île. Sur son compte Facebook, dix jours avant le départ, le club organisateur Ouest Run Triathlon, qui œuvrait depuis 2013, a annoncé : « En raison de problèmes techniques et de sponsoring de dernières minutes, nous ne sommes pas en mesure d'organiser les Foulées nocturnes de Saint-Gilles. » Les courses sur route sont les premières à souffrir de ce calendrier chargé, selon l’analyse de Jean-Philippe Imize, vice-président du club d’athlétisme Entente du Nord basé à Saint-Denis, qui possède aussi une section trail : « Ici, tout le monde n’en a que pour la course de montagne. Il y a eu un phénomène Kilian Jornet. » L’ultra-terrestre venu de Catalogne a remporté, ici, le Grand Raid en 2010 et 2012. Le public et les traileurs se sont passionnés pour celui qui avalait remparts et cirques « comme un cabri ». « Il y a vraiment eu un après Jornet », confirme Carine Maignan, rédactrice web qui tient sur Facebook deux pages d’info sur les courses à La Réunion. « Les gens sont dans la recherche de la difficulté sportive. C’est une façon d’exister et de se ressourcer au contact de la nature. Mais c’est vrai que pour un petit département, il y a trop courses. »

Le trail fait sa loi

Quelques milliers de passionnés participent à ces courses. Ils sont dilués dans une masse d’événements qui peinent parfois à avoir des départs fournis. Beaucoup d’organisations ont ainsi moins de 200 paires de baskets sur la ligne. « Il y a le Grand Raid, indéboulonnable. Et les autres, qui vont et qui viennent », analyse un entraîneur. « En quatre ans, le nombre de courses a été multiplié par deux sur l’île. Mais on constate aussi qu’en moyenne, deux épreuves par mois sont annulées. Elles n’arrivent pas à faire le poids, sans doute à cause du coût. Ça revient vite cher, on est sur un tarif qui varie entre 1 € et 1,50 € du kilomètre », détaille Jean-Marc Jacques, un traileur. Ces dernières années, de très nombreuses courses de montagne sont ainsi nées. Un organisateur peste contre ces épreuves : « Jusqu’à preuve du contraire, le trail n’est pas une épreuve olympique. Je ne comprends pas cet engouement ! »

Dans ce contexte, l’Ultra-Run risque bien d’être classée dans la catégorie des petites courses qui ont tenté de naître et qui se sont cassées les dents sur une île où le Grand Raid fait la loi !