Faut-il interdire le port du casque ?

Faut-il interdire le port du casque ?
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Lecteurs MP3, smartphones ou, comme vu récemment, quelques nostalgiques qui s’accrochent à leur Walkman. Et, de plus en plus, ce sont les montres connectées qui permettent d’écouter de la musique en courant. On estime que deux coureurs sur trois pratiquent leur activité casque sur les oreilles. Avec des avantages qui vont au-delà de la simple distraction !

En 2007, la Fédération américaine d’athlétisme avait pris la décision, à la veille du marathon de New York, d’interdire l’utilisation d’écouteurs ou tout autre support reproduisant de la musique dans les compétitions officielles. Motif invoqué : ne conférer aucun avantage aux mélomanes ! Plusieurs études ont en effet démontré que l’utilisation de la musique permettait d’améliorer les performances lors d’exercices physiques (1) tels que le step (2) ou une épreuve sur vélo ergométrique menée jusqu’à épuisement (3). Et cela est encore plus vrai lorsque la musique est progressive et rapide. Pour une sortie de course à pied en endurance, l’écoute d’une musique lente comparée à une musique rapide ou à l’absence de musique permettrait d’améliorer les performances (4). Quant à l’écoute de chansons rock ou pop motivantes avec lesquelles on resterait en rythme, elle favoriserait le recul du seuil de la fatigue et une augmentation de 15 % des performances d’endurance, tout en générant plus de plaisir auprès des coureurs (5).

Enfin, une autre étude (6) a porté sur la réalisation d’un 5 km selon cinq conditions :

  • Écoute de musique motivante avant de courir (110-150 battements/minute)
  • Écoute de musique lente pendant la course (80-100 battements/minute)
  • Écoute de musique rapide pendant la course (140-160 battements/minute)
  • Écoute de musique apaisante après la course (95-110 battements/minute)
  • Pas de musique du tout.

Résultat : l’écoute de musique avant et pendant la course a permis aux coureurs de parcourir plus rapidement les 5 km, la musique lente entraînant les meilleurs résultats, sans que cela soit statistiquement significatif par rapport à la musique rapide. Les auteurs notent aussi que l’écoute de la musique apaisante après la course peut accélérer le retour aux conditions d’avant course, notamment avec une baisse plus rapide du rythme cardiaque.

Sourd et trop rapide ?

Quand vous écoutez de la musique en courant, vous jouez parfois avec les règles basiques de sécurité et devenez plus vulnérable à un danger extérieur. En effet, la musique peut couvrir les bruits de la circulation ou de tout autre risque lié à l’environnement comme un chien agressif, une chute de pierre lors d’un trail… C’est d’ailleurs dans cet objectif de sécurité qu’une grande enseigne multisport a élaboré un nouveau sac avec haut-parleur intégré qui permettait au coureur de rester connecté à sa musique comme au monde, ou aux autres personnes qui l’entourent. Bon, dommage collatéral, tout le monde « profite » alors de vos goûts musicaux…

Le Scenihr (Comité scientifique pour les risques sanitaires émergents et récemment identifiés) de l’Union Européénne a mis en garde contre un autre risque lié à l’utilisation d’appareils musicaux portables à fort volume pour une période prolongée : 5 à 10 % des personnes qui écouteraient de la musique dans ces conditions risquent des lésions irréversibles de l’ouïe. Autant dire que si vous passez vos dix heures de course hebdomadaire avec du black-metal à fond dans le casque, vos oreilles risquent de vous le faire payer. Enfin, l’écoute d’une musique très (ou trop) rythmée peut aussi vous mener à choisir une allure trop rapide et à vous griller dès les premières minutes de course. Motivé par votre musique préférée, vous partez sur les chapeaux de roue, vous vous mettez dans le rouge et passez à côté de votre séance.

La FFA tape du poing sur la table

À l’évidence, pendant un entraînement en groupe, l’utilisation des écouteurs est à proscrire. La musique, même à faible volume, isole des autres coureurs. Et si ce n’est pour des raisons de sécurité, c’est quand même un manque évident de courtoisie. Et pendant une course ? Si on en croit la fédération d’athlétisme, la question ne devrait même plus se poser : « Le règlement sportif de la FFA n’autorise pas les aides apportées aux athlètes en compétition, que ce soit par utilisation de certains matériels (règle F144.2 (b), prohibant radio, lecteur de cassette ou cd, téléphone portable ou équipement similaire), ou en ayant recours à un ou des accompagnateurs. Les podomètres ou GPS ne sont pas considérés comme une aide. » Bon, il faut bien constater que, dans ce cas-là, tous les pelotons de France sont peuplés d’affreux hors-la-loi ! Enfin, lors de vos séances individuelles, si vous ne pouvez vraiment pas vous passer de musique, privilégiez une playlist dont le rythme augmente crescendo ou travaillez la cadence de votre foulée en vous calant sur des rythmes autour de 180 battement/minute, cadence considérée comme « idéale », sur quelques fractions de course. Sinon, que pensez-vous d’écouter votre corps et sa propre musique interne ?

  • (1) Mills. Effects of music on assertive behavior during exercise by middle-school-age students. Percept Mot Skills. 1996.
  • (2) Hayakawa, Miki, Takada, Tanaka. Effects of music on mood during bench stepping exercise. Yamano College of Aesthetics, Tokyo, Japan.
  • (3) Szabo, Small, Leigh. The effects of slow and fast-rhythm classical music on progressive cycling to voluntary exhaustion, J Sports Med Phys Fitness. 1999.
  • (4) Copeland et Franks. Effects of types and intensities of background music on treadmill endurance. J Sports Med Phys Fitness. 1991.
  • (5) Karageorghis. Psychophysical and ergogenic effects of synchronous music during treadmill walking. Journal of Sport & Exercise Psychology. 2009.
  • (6) Bigliassi, León-Domínguez, Buzzachera, Barreto-Silva, Altimari. How does music aid 5 km of running ? Journal of Strength & Conditioning Research. 2014.