Sensationnel !

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Parce que la course à pied, ce ne sont pas que des distances, des allures ou des classements, il faut parfois savoir se détacher de la tyrannie des données et commencer à s’écouter.

« Après avoir suivi, pendant 12 semaines, un plan d’entraînement marathon qui me dictait, à chaque sortie, quelle distance ou combien de temps courir, à quelle allure, etc… j’ai maintenant besoin de revenir à quelque chose de plus simple, de plus instinctif. Mais je ne sais pas forcément quoi faire. Il faut croire que j’ai pris l’habitude d’être pris par la main, d’être un peu l’esclave volontaire de mon coach… » Romain n’est pas un cas isolé : le coureur aime souvent les nombres, les choses cadrées, mesurables. Ça le rassure mais, dans le même temps, ça peut limiter ses horizons. Et si le secret pour vous améliorer était d’arrêter de tout planifier et de « juste » écouter votre corps, vos envies, vos sensations ?

Sans filet

Les bénéfices de l’entraînement à la sensation sont autant physiques que mentaux. Il va en particulier limiter le risque de blessures : à l’écoute de son corps et non pas de sa montre GPS, le coureur fait plus attention aux signes (douleurs, gênes…) qui peuvent lui faire lever le pied. En vous concentrant sur l’effort fourni et non pas sur les chiffres affichés par une montre, vous pouvez tout à fait vous lancer, par exemple, dans une session au seuil : l’effort fourni sera le même qu’auparavant, mais la vitesse sera souvent inférieure. De même, sans montre pour vous donner précisément votre temps de récupération, vous pouvez le gérer de façon instinctive.

Maintenant, il est certain que de nombreux coureurs, même s’ils comprennent ces arguments, préfèrent, malgré tout, suivre un planning précis. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas le faire tout en courant au feeling, comme l’explique le coach Stéphane Courtois : « Le “Connais-toi toi-même” des Grecs anciens est un commandement qui assure longévité et réussite. Notre organisme nous informe sans arrêt de son état par un nombre incalculable de signes. À nous de savoir les écouter. Je ne dirais pas les décrypter, car le corps est assez intelligent pour nous donner des informations claires ! »

Question d’habitude

Mais pour passer à une telle pratique, il faut réussir à faire le premier pas, à changer ses habitudes. Partir sur une sortie sans sa précieuse montre GPS au poignet (je le fais régulièrement et, dans les premiers temps, j’avais l’impression d’être en cure de désintoxication) ou, si vraiment vous ne pouvez pas, apprendre à ne considérer les chiffres qu’elle propose que comme des informations qui vous permettent de faire le lien entre ce que vous ressentez et ses données (« c’est donc comme ça que je me sens à telle allure aujourd’hui… »). Faites-vous confiance !

S’entraîner à la sensation, c’est donc accepter de se détacher d’un plan de marche (ou plutôt de course) précis, de réussir à sortir de ce qui était préconisé sans se sentir coupable. L’autre difficulté est de se connaître suffisamment pour réussir à évaluer la bonne allure à adopter et le kilométrage que l’on peut supporter un jour donné. C’est pourquoi des coureurs expérimentés y arriveront sans soucis alors qu’il vaut mieux, pour un débutant ou un sportif moins aguerri, se former en suivant des programmes plus précis.

Plus important encore, courir à la sensation demande à changer d’état d’esprit sur votre vision de l’entraînement : vous devez comprendre que l’essentiel est l’impact que vont avoir vos sorties sur votre état de forme, votre capacité à courir plus loin et plus vite, votre bien-être, et non pas les chiffres qui, certes, donnent des indications, mais ne doivent pas pour autant tourner à l’obsession.

Et, surtout, évitez de vous comparer aux autres. Pas évident quand la première chose que l’on fait après son entraînement est de filer sur Strava pour voir si on a amélioré son classement sur les segments empruntés. Rien de mal là-dedans, tant qu’on le prend comme un simple jeu, un effet secondaire de notre entraînement, rien de plus. Mais si ça devient notre raison de vivre de coureur… Comme le dit Stéphane Courtois : « Ce n’est pas votre coéquipier de club qui doit dicter vos allures, mais vous. La course est un sport solo qui peut parfois prendre des aspects collectifs, mais elle demeure intrinsèquement une activité individuelle. Accélérer pour rattraper un copain ou ralentir pour l’attendre, c’est la porte d’entrée du surentraînement ou, au contraire, du désentraînement ! »