Mental : entraînez-le aussi !

Mental : entraînez-le aussi !
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Entraîner votre corps est une chose. Mais si vous ne musclez pas votre volonté, vous n’exploiterez jamais tout votre potentiel.

Sur les réseaux sociaux, les photos de coureuses et coureurs sur lesquels volent des citations un peu naïves font un malheur : «Tu es plus fort que tu ne le croies», «Ton corps peut tout faire, il faut juste convaincre ton esprit»... Pourtant, si tout ça ressemble à de bons gros clichés, une certaine vérité se dissimule derrière ces mantras. En effet, de nombreuses études ont démontré qu’un sportif persuadé que son organisme ne supportera pas l’entraînement en cours a de grandes chances de laisser tomber. Vous savez, ce moment où vos jambes et vos poumons sont en feu et que dans votre tête tournent des phrases comme «Mais qu’est-ce que je fais là?», «C’est bien trop dur pour moi»… Alors, vous ralentissez ou vous stoppez totalement votre sortie. Pour vous rendre compte, ensuite, que vous auriez sans doute pu pousser un peu (beaucoup?) plus loin. C’est là que vous vous dites que votre volonté aurait besoin d’un petit peu d’entraînement. Car elle réagit comme un muscle: si vous ne l’exercez pas, elle va diminuer. «La volonté doit être entretenue. Plus vous en avez, plus vous pouvez surpasser la fatigue mentale et les défis psychologiques qui jalonnent la vie d’un coureur», explique Gilles Guibard, psychologue du sport. Avantage collatéral: «booster» votre volonté vous permettra de vous améliorer en tant que sportif, mais sera aussi fort utile quand vous devrez combattre votre envie de regarder un dernier épisode de votre série de prédilection avant de vous coucher ou lorsqu’il faudra choisir entre un duo pomme-amandes et une barre dégoulinante de chocolat pour votre «petit» en-cas de l’après-midi. Bonne nouvelle: entraîner sa volonté est bien plus simple qu’il n’y paraît.

Haute pression

«Il faut être conscient de l’impact qu’a votre vie “de tous les jours” sur votre vie de coureur, estime Gilles Guibard. Si, toute la journée, vous êtes stressé au travail ou à l’école, vous allez puiser dans ce que j’appelle votre “réserve de volonté”. Résultat: lors de vos sorties, vous ne réussirez pas à vous pousser aussi loin que vous le pourriez. De la même manière, si, pendant votre entraînement, vous vous souciez de tous vos temps de passage, d’une vitesse un peu plus faible que prévu, vous allez épuiser votre volonté et, en plus, créer des discours internes négatifs qui ne feront qu’empirer les choses.» Si la gestion du stress de votre vie quotidienne demande un travail en profondeur, il est facile, en revanche, de ne pas être obnubilé par vos performances en cours de sortie. La méthode la plus radicale est «d’oublier» votre montre GPS avant de sortir, mais soyons honnêtes, peu de coureurs sont prêts à faire ce sacrifice ce ultime.

Gilles Guibard propose une autre voie: «Donnez-vous de la latitude. Les programmes d’entraînement sont souvent très précis et, pour tout dire, trop précis: qui peut penser que de faire une fraction de 400 m en 1 min 22 s au lieu de 1 min 18 s va avoir un impact terrible sur vos performances? Pourtant, un tel résultat emmène de nombreux coureurs dans une spirale négative et épuise de façon précoce leur volonté. Il faut apprendre à relativiser, à se détacher du résultat immédiat et à profiter du moment présent. La course est avant tout un sport, un loisir. Si vous en faites une source de stress, qui vient s’ajouter à celui déjà vécu au quotidien, vous n’avez rien à y gagner!»

«Chi va piano»…

Une autre méthode, bien moins conventionnelle –mais qui a donné des résultats pour les athlètes suivis par Gilles Guibard–, tient en un mot: insignifiance. Il va s’agir, avant ou juste après un gros entraînement ou une course importante, de se livrer à une activité qui demande peu d’attention et, surtout, aucune volonté: regarder un film «léger», écouter de la musique (de préférence instrumentale)... Ainsi, vous rechargerez rapidement votre fameuse «réserve de volonté». Si ne pas entraîner la volonté va la laisser dépérir, il y a aussi des risques à lui en demander trop, trop vite. C’est le piège dans lequel est tombé Éric: «J’étais en surpoids, à la limite de l’obésité, je mangeais toute la journée et je ne faisais pas un brin de sport. J’ai voulu tout régler d’un coup: changement total des habitudes alimentaires et mise au sport. Rien d’extrême pourtant, puisque je n’étais pas dans le régime restrictif et mes sorties de course à pied étaient sur de faibles distances et à vitesse réduite.»

Il ne lui aura fallu que dix jours pour tout lâcher, sa «réserve de volonté» se vidant bien plus vite qu’elle ne se remplissait. «Un terrible sentiment d’échec. Puis je me suis repris et j’ai été bien plus progressif : je me suis remis à courir, mais en continuant à manger de façon chaotique. Puis, une fois que j’ai été régulier dans la course, j’ai changé mes repas,réduit peu à peu le nombre de grignotages. Tout a été fait à petits pas, prudemment. Dès que je réussissais un challenge, comme arrêter de foncer à la machine à friandises en arrivant le matin au travail, je gagnais en même temps en confiance et en volonté.» Corsant peu à peu ses «challenges», Éric a ainsi réussi à dépasser chacun des obstacles qui se dressaient devant lui. Résultat: aujourd’hui, avec cette volonté nouvellement acquise, il s’aligne sur des ultras, sur route et en trail, et s’est délesté de 35 kilos. Comme quoi avec un peu de volonté...