Course et yoga, le duo gagnant !

Course et yoga, le duo gagnant !
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Multiforme, pratiqué aussi bien au sommet d’une montagne que sous les néons d’une salle de fitness, le yoga, avant d’être une mode, est une tradition millénaire. Et une pratique qui n’a que des avantages pour le coureur.

 

Le yoga, très peu pour vous. C’est une activité de vieux, statique et soporifique au possible. Alors, les postures du lotus ou de la cigogne, vous ne les imaginez même pas en rêve ! Pourtant, à force de fureter sur les réseaux sociaux, vous constatez qu’une certaine folie du yoga s’est emparée de la communauté des coureurs à pied. Tandis que certains multiplient les selfies en position de l’arbre au sommet d’une montagne, d’autres abandonnent tout pour partir en Inde avec l’espoir d’en revenir prof de yoga. Pourtant, les choses ne sont pas si simples…

Une tradition millénaire

Acroyoga, Power Yoga, Bikram… Les plus récentes mouvances qui se disent issues du yoga pullulent, souvent créées aux États-Unis, véritable fief contemporain de cet art millénaire. « Quand on parle de yoga sans autre précision, c’est un peu comme lorsque l’on parle d’athlétisme. L’athlétisme recouvre une grande diversité de disciplines, de la course aux lancers. Pour le yoga, c’est la même chose », affirme Atma Singh, enseignant de Kundalini Yoga. « Avant de découvrir cet art de vivre à Bali, je croyais que le yoga était une activité de mémère », s’amuse Karyne Nguyen, ­professeur de yoga anatomique. Issue du Pakistan et de l’Inde, cette philosophie a été déclinée en une multiplicité de mouvances, des plus calmes aux plus dynamiques. « Le yoga est devenu une nébuleuse incroyable dans laquelle beaucoup de pratiques ont, à mes yeux, trop dévié des fondements ancestraux », poursuit Karyne Nguyen. En théorie, tous les yogas devraient reposer sur cinq piliers : la maîtrise du souffle (ou pranayama), les postures (ou ­asanas), la relaxation, la méditation et la nutrition. « Étonnamment, en France, la dimension alimentaire est oubliée, regrette Karyne. Le yoga cultive la bienveillance envers tous les êtres vivant sur terre, donc il incite à devenir végétalien. Il invite à prendre conscience de ce que l’on mange, de la façon dont on respire, de la manière dont on se tient… Ensuite, chacun est libre de faire ses propres choix. »

Réponse au stress omniprésent, volonté de renouer avec un certain bien-être, moyen de s’accorder quelques instants rien que pour soi ou encore outil d’amélioration des performances, le yoga est aujourd’hui paré de multiples vertus et, d’activité de « mémé », il est devenu franchement tendance. Les tutoriels se multiplient sur le web, les cours et professeurs foisonnent et même les éditeurs s’engouffrent dans la brèche en publiant des ouvrages pratiques, comme le récent Yoga pour runner. Néanmoins, le yoga ne saurait se limiter à une série d’exercices, telle une boîte à outils qui se mettrait au service de la course à pied et en serait un simple complément. Il s’affirme avant tout comme une philosophie englobant non seulement le corps, mais aussi le mental et un certain rapport au monde.

Yoga et course, antinomiques ou complémentaires ?

Pour Karyne Nguyen et Atma Singh, il est évident que le yoga offre des techniques intéressantes pour le sportif, à commencer par la maîtrise de la respiration. « On réapprend à respirer au cours des séances. On fait varier le souffle en fonction des besoins : relâchement, récupération active, regain d’énergie… », précise Karyne. Une fois que l’on maîtrise les différents types de respiration, il devient facile de les utiliser pendant la course, en fonction de ses besoins. Or, la respiration est aussi l’une des clefs pour contrôler ses émotions. Le coureur peut utiliser un mode respiratoire pour faire baisser le niveau de stress avant une course (sans pour autant tomber dans un état de relaxation nuisible à la performance), pour se dynamiser sur une ligne de départ, pour augmenter l’allure ou encore pour mieux récupérer après l’effort. « Lorsqu’on court, on trouve petit à petit son rythme de croisière et une respiration régulière. Cette régularité apporte une stabilité mentale, donc une certaine paix intérieure, que l’on retrouve en yoga », estime Atma.

Apaisement et confiance

En effet, le bien-être mental découlant des asanas s’explique par la durée de maintien des postures. « C’est davantage le cheminement vers la posture que la posture elle-même qui importe, affirme Karyne. En yoga, on travaille sur le ressenti profond, à la fois physique et mental, et sur le recentrage sur soi, qui apporte apaisement et confiance. » Contrairement aux étirements traditionnels que pratiquent les sportifs, les asanas sont tenues plusieurs minutes. L’assouplissement est ainsi beaucoup plus profond et s’accompagne d’un lâcher-prise salvateur. « Cette approche est plus bienveillante envers le corps que les étirements et on travaille en même temps le gainage profond, ajoute Karyne. La posture ne va jamais jusqu’à la douleur : elle est toujours un juste équilibre entre confort et inconfort… comme en sport ! » Petit à petit, on accède à un état méditatif qui consiste à « laisser glisser les pensées sans que l’on s’y agrippe », indique Atma. On relativise, on se détache des sources de stress et de doute. On parvient à être pleinement dans l’instant présent et à cultiver le précieux « ici et maintenant » prôné par de nombreux préparateurs mentaux. À la clef : un mental plus fort, un plaisir accru et une optimisation des performances.

Quelle que soit la forme de yoga adoptée, dès lors qu’elle respecte les cinq piliers fondateurs, elle cultive une relation étroite entre le corps et l’esprit. Une symbiose qui est indéniablement le secret du plaisir et de la performance en course à pied