L’endurance au féminin

Femme seule
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De toutes les spécificités liées à la pratique régulière du sport, le domaine gynécologique est sans nul doute celui qui suscite le plus d’interrogations. Des réponses précises grâce au docteur Carole Maître, gynécologue à l’INSEP.

  • Existe-t-il des perturbations gynécologiques engendrées par la pratique d’un sport et plus particulièrement par des épreuves d’endurance ?

Il existe des perturbations gynécologiques mais elles dépendent du niveau de pratique de l’athlète. Dans le cas d’une pratique occasionnelle, aucune perturbation ne sera notée. Si la pratique devient plus intensive avec un entraînement hebdomadaire de plus de 2 heures, des perturbations peuvent apparaître. L’augmentation de la charge de travail sportif peut alors provoquer des désordres menstruels. On va observer une irrégularité du cycle avec un allongement ou une alternance de cycles courts et longs, des règles très courtes et peu abondantes voire même une disparition des règles. On parle d’aménorrhée, lorsque l’absence de règles est de plus de 3 mois consécutifs.
Avec une pratique de plus de 6 heures hebdomadaires l’athlète s’expose à ces perturbations.

  • Quelles sont les conséquences d’une aménorrhée ?

Le mécanisme de l’aménorrhée s’explique par une production insuffisante d’hormones femelles (œstrogène et progestérone) qui perturbe le cycle menstruel.
Au niveau osseux, il existe des récepteurs aux œstrogènes dont l’action contribue au maintien du capital osseux. Les femmes, atteintes d’une aménorrhée de longue durée, commencent à perdre de la masse osseuse qui va entraîner une fragilisation du squelette. Une faible densité rend les os friables et moins résistants aux fractures. L’athlète s’expose à des fractures de stress plus fréquentes voire à plus long terme, une ostéoporose dans les cas d’aménorrhées sévères.
On comprend ainsi l’importance d’une prise en charge médicale dès l’apparition de cette insuffisance œstrogènique prolongée.

  • La contraception peut-elle être une solution à ces problèmes hormonaux ?

La contraception orale peut être utilisée dans un but de contrôle du cycle et du flux menstruel, de l’anémie secondaire et des phénomènes douloureux handicapants.
Une consultation avec prescription de bilan hormonal permettra de déterminer le traitement le mieux adapté pour rétablir un cycle et démarrer la contraception. Elle sera prescrite après examen clinique et appréciation des possibles contre indications métaboliques.
La contraception protège la densité osseuse en limitant les risques qu’engendre une aménorrhée de longue durée.

  • Est-ce que la pratique sportive durant les règles peut faire chuter les performances ?

Tout d’abord, le sport n’est pas incompatible avec les règles. Des symptômes plus ou moins importants selon les sportives sont relevés : ventre gonflé, poitrine douloureuse, douleurs de ventre, nausée ou fatigabilité accrue. Des règles abondantes peuvent en effet engendrer des pertes de fer et accroître la fatigue. Ces troubles doivent faire l’objet d’une consultation gynécologique, un traitement adapté peut en réduire les effets.

  • Peut-on éviter d’être réglée durant une compétition importante ?

Oui, lorsque l’athlète est sous contraception oestro-progestative, il est possible d’enchaîner deux plaquettes de pilules pour éviter la venue des règles lors d’une épreuve importante.
Attention, cette méthode doit être exceptionnelle, il ne s’agit pas de rester sous pilule pendant 6 mois, des petits saignements surviendraient par atrophie de la muqueuse utérine.

  • La pratique sportive peut-elle provoquer d’autres désagréments, y a-t-il un risque pour la fertilité ?


Les perturbations hormonales engendrées lors d’une pratique disparaissent dans les mois qui suivent l’arrêt ou la diminution de l’entraînement. Il n’y a pas de perturbation de la fertilité, on peut citer le cas de nombreuses sportives de haut niveau qui reprennent leur activité après leur grossesse.
Chez certaines athlètes courant le marathon, on a pu observer une augmentation de la prolactine (hormone) avec parfois l’apparition d’une galactorrhée (écoulement laiteux par le mamelon). Cet état est passager et lié à l’effort long et intense.
Les sportives peuvent également présenter une sécheresse vaginale qui va devenir un désagrément dans leur vie intime de femme.
Ces observations-là encore, doivent faire l’objet d’une consultation.
Même si la disparition des règles peut paraître confortable, prenez conscience que ce dysfonctionnement à long terme peut également occasionner des traumatismes musculo-squelettiques. Ce dérèglement hormonal peut ainsi favoriser des problèmes de type tendinites ou pathologies musculaires à répétition, blessures qui vous tiendront éloignées des pistes et des routes pour des durées plus ou moins longues…