Endorphines : courez vers le bonheur

joie à l'arrivée d'une course
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Une hormone du plaisir qui vient pendant qu’on court, nous met bien dans notre peau, inhibe nos douleurs et peut nous mener à l’extase… Vous ne rêvez pas, c’est à peu près le principe des endorphines. Alors, partants pour un petit « run » ?

Hans Kosterlits et John Hughes furent les premiers à découvrir l’endorphine… C’était en 1970, dans le cerveau du cochon. ils démontrèrent alors que cette « substance » était produite naturellement par le corps, qu’elle se retrouvait au niveau système digestif, de la moelle épinière et du cerveau et qu’elle était à l’origine de sensations de plaisir. Mais qu’est exactement une endorphine ?

C’est un antalgique naturel de longue durée, proche de la morphine, produit par l’organisme pour contrer la douleur. Les endorphines se trouvent dans des glandes près du cerveau (hypophyse et hypothalamus) et agissent sur des zones du cerveau qui captent les opiacés (morphine par exemple), en particulier des zones associées à la perception de la douleur.

Les endorphines sont secrétées sous différents types de contraintes telles que le stress intense, mais aussi et surtout l’exercice physique. L’effet anesthésiant et euphorisant intervenant pour limiter les sensations douloureuses associées à cette activité. L’organisme humain produirait une quantité d’endorphine plus importante lors d’un entraînement vigoureux. Ce qu’on a déterminé pour les coureurs sous le nom de Runner ‘s High : une sensation qui varie entre le simple plaisir et l'euphorie et qui survient après un effort physique important d’au moins une demie heure sans arrêt.

De nombreux sportifs connaissent ce phénomène, lequel, comme le massage, peut engendrer dans le corps des changements dans les neurotransmetteurs et leurs récepteurs. A noter que durant le jogging, l’organisme ne se contente pas de sécréter les hormones du bonheur : il élimine en même temps les hormones du stress telles que l’adrénaline.

Comment les endorphines agissent-elles ?

La quantité d'endorphines augmente pendant l'exercice et atteint cinq fois les valeurs de repos, 30 à 45 minutes après l’arrêt de l'effort. Le taux d'endorphines est directement lié à l'intensité, à la durée de l'exercice, mais aussi à l'activité physique. Les sports d'endurance (donc la course à pied) sont les plus "endorphinogènes".

On citera aussi le vélo, la natation, les balades en raquettes ou en ski de fond, les sports en salle, type cardio training (rameur, tapis de course). Mais des pratiques telles que l'aérobic, le step ; les activités à efforts fractionnés (intervalle-training), l'athlétisme ou les sports collectifs provoquent aussi une sécrétion d’endorphines. Il ne suffit pas de courir pour prétendre « goûter » aux endorphines. Il est en effet nécessaire de maintenir un effort durant au moins 30 minutes et au minimum en endurance (soit au moins 60 % de sa fréquence cardiaque maximale).

Il n’est pas rare d’entendre des coureurs de fond évoquer des moments d’euphorie, de grâce, de flottement à un moment de leur effort. C’est l’effet euphorisant des endorphines. Mais cette substance a aussi un effet anxiolytique (tout comme la morphine), ce qui explique pourquoi il est fortement conseillé aux personnes stressées et/ou déprimées de courir.

Il est alors nécessaire de produire un effort d’une intensité légèrement supérieure à celle citée précédemment, les chercheurs parlent de 70% de la FCM durant au moins 20 minutes. L’effet peut durer entre 2 et 6 heures en fonction de la durée et de l’intensité de l’effort. Mais les endorphines ne seraient pas ici les seules en cause. La sérotonine serait elle aussi responsables d’un effet antidépresseur.

Evoquons enfin l’effet antalgique des endorphines. On parle alors dans le jargon de second souffle, de sensation de voler. En se fixant sur des récepteurs spécifiques, les endorphines réduisent la sensation de douleur, elles inhibent les douleurs d’origines musculaires ou tendineuses afin de pouvoir maintenir son effort malgré la fatigue.

Une drogue licite… qui appelle la modération

Tant de belles sensations ne sont pas sans rappeler les effets de différentes drogues parfaitement prohibées. Si la « consommation » d’endorphines est parfaitement licite, elle n’en cache pas moins des effets plus négatifs à prendre également en compte. Considérons en premier lieu, qu’au-delà de l’effet euphorisant, on passe au stade de l’excitant. Méfiance donc, après une séance dure ou en soirée, le sommeil aura du mal à venir.

Autre effet préjudiciable : la dépendance. Certaines personnes peuvent devenir obsédées par leur condition physique, leur poids ou leurs performances, elles ne peuvent pratiquement plus cesser de s’entraîner, même une seule journée ! L’entraînement devient alors une " compulsion ".

Les adeptes qui deviennent dépendants de l’exercice ressentent un profond malaise (culpabilité, angoisse, honte) s’ils manquent une session d’entraînement et ils ont la perception qu’ils doivent toujours augmenter la dose pour obtenir les mêmes résultats (tolérance). Ceci résulte en une augmentation toujours grandissante du temps consacré à l’entraînement, parfois au détriment de la vie familiale, professionnelle ou sociale.

Le corollaire à ce comportement est souvent l’augmentation des blessures de surentraînement (tendinites, bursites, douleurs chroniques), l’apparition d’une fatigue générale, voire l’affaiblissement du système immunitaire.

Très souvent, même la personnalité de l’individu accro de l’exercice va changer, surtout lorsque celui-ci sera obligé de " sauter " un ou deux entraînements à cause d’une blessure ou d’autres événements incontrôlables, les sentiments de culpabilité et de frustration engendrent alors des comportements que l’on pourrait qualifier d’asociaux : agressivité, retrait, etc.

Lorsque qu’une telle dépendance vient à nuire franchement à la vie de celui ou celle qui en souffre, il est alors recommandé de consulter, surtout si le trouble s’accompagne d’autres problèmes, tels que l’anorexie. Cette dépendance a au moins un avantage par rapport à d’autres drogues, qu’elle n’impose pas un sevrage total. Loin d’arrêter totalement l’entraînement, il suffira d’élaborer un programme plus léger avec l’aide d’un professionnel de l’activité physique, pour retrouver dans des limites raisonnables, sa dose de bonheur en courant.

Dr Nicolas Bompard, médecin du sport