Paris sera toujours Paris

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Il y a vingt-et-un ans, Dominique, jeune champion de France de marathon, se préparait à courir son premier « Paris », comme tant d’entre vous aujourd’hui…

Mai 1982. J’ai 25 ans lorsque j’aborde mon premier marathon de Paris, le septième de ma jeune carrière. Champion de France de la spécialité l’année précédente, je me remémore cette difficile édition à l’aide de mes cahiers d’écolier aux pages jaunies par le temps. Ce premier cahier est le fameux carnet d’entraînement relatant ma préparation ainsi que la course avec mes temps intermédiaires soigneusement annotés. Le deuxième cahier rassemble toutes les coupures de presse me concernant, minutieusement découpées et collées. Aujourd’hui on appelle cela un press-book. Pour moi il s’agissait de la preuve d’une certaine reconnaissance sociale à travers les médias (pour qui, pour quoi ? vite un divan !) mais aussi la réalisation d’un rêve de gosse fan de sports, rêvant de un jour son nom dans le journal « l’’Equipe ».

L’Equipe me cite comme « très ambitieux »

A la lecture de ces articles de presse, les flashs me reviennent. Le départ de cette septième édition a lieu à 13 heures… sous la canicule : 28° ! La veille, L’Equipe me cite comme « très ambitieux » parmi les favoris français, les autres se nomment : Boxberger, Levisse, Faure, Bobes, Bouster… Une sélection pour les championnats d’Europe d’Athènes qui auront lieu quatre mois plus tard est également en jeu.
Malgré des conditions climatiques difficiles, atmosphère lourde et humide, la première partie de course se passe plutôt bien, le parcours actuel étant à peu prés le même depuis cette époque. Boxberger s’échappe au château de Vincennes (23e km), mais trop présomptueux et au bord de l’épuisement, il est rejoint au 34e kilomètre par l’un des trois coureurs étrangers invités (!) l’anglais Ian Thompson, champion d’Europe et du Commonwealth, qui gagnera l’épreuve devant des coureurs épuisés. Les français Bobès et Faure complètent le podium. Une pénible et décevante 9e place en 2 h 23 mn m’attendait. « Après le 22 kilomètre, c’est devenu un calvaire » déclarais-je dans le quotidien sportif. Mon passage à mi course en 1 h 6 mn 25’’ pour une 2e moitié en 1 h 16 mn 42’’ le démontre ! ouille ! quel apprentissage la souffrance du marathonien : le mur en pleine face… bien avant le 30e km fatidique, la fin de course tel un automate, les vomissements à l’arrivée, les longues minutes allongé sur la pelouse jurant que l’on ne m’y reprendra plus.

Deux mois plus tard je gagne le marathon d’Helsinki et mon billet pour ces fameux championnats d’Europe de marathon à Athènes. Nous serons ainsi deux français (avec le lyonnais Bernard Bobès) à représenter notre pays sur le parcours mythique « Marathon- Athènes »….
Encore deux mois plus tard je termine sur le stade antique d’Athènes à une belle 14e de ces championnats d’Europe.
Re-belote un mois et demi plus tard, je termine 2e du championnat de France de la spécialité à Hyères derrière Bernard Faure avec l’immense bonheur de voir mon meilleur ami l’emporter. Je venais de perdre mon titre national mais la plénitude de ma saison faisait que je pouvais enfin partager des moments de bonheur avec quelqu’un d’aussi heureux que moi !

« Il est fou ce p’tit jeune, il va se cramer… »

Quatre marathons de haut niveau en 6 mois, « il est fou ce p’tit jeune, il va se cramer… » disait-on dans le milieu. Oui, en effet c’était fou. A ne pas conseiller. Je voulais tellement réussir à haut niveau. Les émotions ressenties telle que la joie de gagner un grand marathon international (Helsinki), d’être sur la ligne de départ d’un village grec s‘appelant « marathon » et enfin de partager un podium national avec mon meilleur pote, ont vite gommé la souffrance de Paris.

Le 6 avril 2003, vous serez plus de trente mille au départ, sans aucun doute parfaitement préparés. La souffrance sera peut être là. ou pas, mais soyez en persuadés, la ligne d’arrivée est toujours aussi belle ; je vous y attendrai avec autant d’émotions qu’il y a 21 ans.

Je vous attendrai tous, avec la même émotion…

Dominique Chauvelier
Photo Vincent Lyky