Coureur à 101 %

Chronique 310
Le

Vingt-quatrième kilomètre, le chrono m’indique 1 heure 41 minutes. Cela fait 101 minutes que je traîne ma carcasse sur ce marathon de Forges-les-Eaux dans cette belle campagne normande. Je suis dans un mauvais jour, rien dans le sac (sic !), la machine est fatiguée, je suis hors de forme. Je me masquais la vérité, mais Dame Course à pied ne pardonne rien et me balance en pleine figure mon excès de confiance, me donne l’impression d’être un bibendum de 101 kilos ! Le passé étant le passé, j’avais tout simplement oublié de réviser la leçon des 100 conseils pour bien courir, misant tout sur le mystérieux 101e conseil de Jogging International. Vous savez, ce truc mystère, ce secret qui permettrait que tout aille bien… Je n’aurais jamais dû accepter le rôle de meneur d’allure de ce premier marathon de Forges-les-Eaux. Tout cela pour faire plaisir à un pote organisateur. « Pas de problème, je t’emmène le wagon des 3 heures », lui ais-je dit ! Mal m’en a pris. Je relève de blessure, pas ou peu d’entraînement…

Stop Chauchau ! Arrête de pleurer sur ton sort, tu ne vas pas t’y mettre, car tu n’es pas seul à avoir mal quelque part ! Regarde derrière toi la carrière que tu as eue, ta longévité et tes scores actuels. Pense à ton père qui bossait à l’usine sans étaler ses états d’âme, malgré la pénibilité – mot très tendance aujourd’hui – de son travail. Pense à ces “perpets” que, hier encore, tu as accompagnés en courant entre les quatre murs de la prison de Val-de-Reuil. Merci, conscience, de nous remettre parfois sur le bon chemin et de nous faire apprécier la LIBERTÉ DE COURIR où et quand nous le voulons.

Cette ligne droite de la départementale 101 me semble interminable, alors je préfère me perdre dans les méandres de ma vie. Ne plus écouter mon corps mais me laisser emporter par les pensées : 101 flash-backs pour 101 minutes de course. Oublier le temps et des kilomètres qui s’égrènent “trop” lentement à mon goût. À chacun sa minute : le père, la grand-mère, fidèle supportrice, morte à 101 ans (si, c’est vrai !), la femme aimée, les amis, le petit-fils Camille né la semaine dernière, futur marathonien des années 30... 2030. Premier cri, m’encourage-t-il ? Ma vie défile plus vite que ce marathon ; aujourd’hui, je suis grand-père, la boucle est bouclée.

Les sensations sont revenues et je vais clore bientôt mon 101e marathon

Pas celle de la course. Des râlements et des essoufflements me remettent dans le jeu ; derrière moi, quelques coureurs s’accrochent et jouent leur vie (!) sur ce marathon. Ils sont obsédés par vaincre “le” mur, approcher ou sauter “la” barrière des 3 heures. Mon absence m’a reposé (sic !), les sensations sont revenues et je vais clore bientôt mon 101e marathon. « Allez les gars, dernier virage, plus que 101 mètres… » Ils sont finishers. Le temps s’arrête à 2 heures 58 minutes et 19 secondes. 101 secondes d’avance sur l’horaire prévu. Présage : si la deuxième partie de la course a été parcourue plus rapidement, c’est que la deuxième partie de ma vie sera plus belle grâce à ce 101e conseil. L’avez-vous trouvé ? Sinon, tournez encore les pages de votre vie. Là, page 101…
NB : Vu sur Internet : nous étions 101 arrivants à ce marathon de Forges-les-Eaux fin juin !

Rubrique "Entre nous", par Dominique Chauvelier

Voir toutes les chroniques de Dominique Chauvelier