Tel fils, telle mère…

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New York, Time Square, des spots publicitaires multicolores sur d’immenses écrans haute définition, des actus en live… Hier un Brésilien gagnait le marathon, demain Obama sera élu président des États-Unis. La population noire exulte, le métissage est tendance. Dans ce tourbillon de va-et-vient, de sirènes rugissantes, deux “escargots” de Bourgogne déambulent sur les trottoirs, tout à leur bonheur. Il est facile d’imaginer l’émerveillement de Roger, ce sexagénaire bourguignon sorti pour la première fois de sa vie du territoire français, lui pour qui New York se résumait jusqu’alors à une carte postale envoyée par un neveu. Le Roger a arrêté la cigarette il y a dix ans en se mettant à la marche. Puis le cantonnier fumeur s’est dit qu’il valait mieux fouler le goudron des pieds que de l’accumuler dans ses poumons. Alors, de la marche, il est passé au marathon, et voilà qu’il se retrouve à fêter son 10e marathon à New York. Il était prêt et impatient, le gaillard, qui s’est pointé à 5 heures du matin au petit déj’ de l’hôtel en tenue de course, dossard épinglé sur le maillot !

Pour ce lointain voyage hors de sa Côte-d’Or natale, et peut-être pour se rassurer, il a emmené avec lui sa grande sœur… d’une année son aînée. À deux, on se sent tellement plus fort ! « Entraînée » par son frangin, Ginou a débuté la course il y a seulement deux ans, à l’heure de la retraite, après avoir couru toute sa vie derrière des enfants dans son job de puéricultrice. Une bonne randonnée active l’an passé au marathon du Médoc pour goûter et apprécier l’atmosphère et, cette fois, elle accompagne le petit frère dans cette aventure US. J’ai rencontré Ginou la veille du marathon, au sommet de l’Empire State Building. Elle contemplait New York by night, ses yeux bleus aussi brillants que les lumières de la ville. Un bref échange – « Bonne course pour demain, madame » – puis elle a disparu dans un ascenseur de 86 étages… avant que je la retrouve faisant des emplettes 48 heures plus tard au hasard d’une rue de Manhattan. Il est vrai que les marathoniens sont facilement repérables le lendemain de leur exploit : démarche hésitante et médaille autour du cou sans aucun complexe. Elle m’annonce avec fierté son score : 5 heures et demie, une heure de moins qu’au Médoc ! Le quotidien New York Times la pointe même à une 33e place dans sa catégorie d’âge. Un exploit pour cette petite dame blonde… parmi 38 000 autres. Son entraînement ? Très empirique. Son entraîneur de frère est un rustre en matière de conseils : « Ne cours pas en sous-bois, il faut s’habituer au macadam ». Bien que Ginou habite la dernière maison du village, à la lisière d’une forêt, un super terrain de jeu pour gambader, Roger préfère venir la chercher trois fois par semaine en voiture. Ils garent le véhicule une dizaine de kilomètres plus loin et courent ensemble entre 1 h 30 et 2 heures sur une petite route longeant… l’autoroute ! « Roger a certainement raison puisqu’il court depuis longtemps, lui », devait se dire Ginou, appréciant toutefois ces sorties, qui s’avéreront payantes après tout !

Au fait, le neveu qui avait envoyé la carte postale à Roger, c’est le fils de Ginou, qui n’est autre que Philippe Rémond, le coureur qui a fait la une du dernier numéro de Jogging. Mon pote Philippe, un des meilleurs marathoniens français*. Tel fils, telle mère.… « N’écoute pas les conseils de ton fils, ce n’est pas pour nous, il court trop vite », disait le tonton. Time Square. Deux sexagénaires s’engouffrent dans un taxi jaune. Leur bonheur fait plaisir à voir…

Rubrique "Entre nous", par Dominique Chauvelier