À la vitesse d’un tracteur…

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Avant la rentrée, notre ami Dominique revient sur quelques souvenirs de vacances 2004 un rien particulières…

Lors de nos différents rendez-vous dans ces colonnes, je vous donne souvent mon sentiment sur toutes les formes de course à pied, du marathon olympique, l’Everest du jogger aux nouvelles tendances, plus natures. Je m’en voudrais d’oublier la pratique la plus basique, la plus primaire qui soit : courir… pour courir ! Pas pour chasser, ni combattre comme nos ancêtres, mais simplement pour se déplacer un peu plus rapidement qu’en marchant, pour sentir son corps dans l’espace. Courir sans sa montre. Courir en se disant que si le soleil disparaît derrière cette vallée, il sera environ telle heure.

Apprivoiser l’environnement pour estimer le kilométrage et la durée d’un parcours. Courir sans témoin, seulement pour soi. Rallier un point à un autre par jeu, par défi, par pur plaisir, comme je l’ai tant pratiqué. J’entends encore avec bonheur ma grand-mère dire « mon petit-fils est fou » lorsque j’effectuais le retour de chez elle en courant après que mes parents m’aient emmené en voiture. À 15 ans, les 18 km du parcours Le Lude-La Flèche étaient mon marathon à moi !

J’ai revécu quasiment la même scène récemment, en annonçant à ma mère que j’allais passer des « vacances » en courant dans le but de livrer un tracteur à un paysan roumain avec des copains : « tu vas te fatiguer, tu n’es plus très jeune ! »
Peu importe la vitesse, une heure reste une heure…
Limoges-Cicirlau, 2 500 km, un tracteur, 10 coureurs qui se relaient en permanence pendant une dizaine de jours et des cartes routières : d’Allemagne, de Tchéquie, de Slovaquie, d’Hongrie et de Roumanie… aventure gratuite, aventure humaine pleine de curiosités. Mes capacités pédestres n’intéressant pas grand monde car courir à 18 km/h derrière le tracteur n’avait pas plus d’importance que les 10 km/h de ma coéquipière Sandrine. Pour chacun, une heure de course reste une heure après tout ! D’ailleurs nous n’avions pas prévu d’heure d’arrivée, pas de sponsor, pas de média, pas de pression… ou alors au bar ! Simple coureur qui effectuait sa part dans la livraison du tracteur, mon seul et surprenant fait d’armes sera d’avoir obtenu mon permis de tracteur délivré par mes potes. Deux heures de course à pied et deux heures de conduite de la machine agricole auront été mes vacances de la première quinzaine de juillet. Original non !

Quelques semaines plus tard, je me retrouve en Grèce ; pas très loin de la Roumanie géographiquement, mais à mille lieues concernant l’esprit. Athènes et ses Jeux Olympiques : entraîneur, commentateur… De la foulée débutante mais pleine de volonté de Sandrine, je passe à celle des ténors – les Bekele, El Guerrouj et autres-, déconcertante de facilité. Un autre monde. Tiens, je me revois assis sur mon tracteur sur les routes des Carpates, cheveux au vent (!) frôlant parfois les 22/25 km/h (!)… soit la même vitesse que ces coureurs venus faire moisson de médailles grecques !
Du Lude à La Flèche, de Limoges à Cicirlau, de la plage au camping pour ceux qui sont encore en vacances, du lieu de travail jusqu’à la maison… tout peut-être prétexte et source de motivation pour se déplacer en courant. Courir sans limite, sans frontière. C’est incroyable le chemin que l’on peut parcourir avec ses jambes, quand on veut… Bonne rentrée à tous.

Rubrique "Entre nous", par Dominique Chauvelier

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