Cross et corridas… pour chanter cet été

chronique n°303
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Je vais vous parler d’un temps que les coureurs de moins de 20 ans ne connaissent pas…

Ce temps où, durant l’hiver, le cross était un passage obligé dans une saison de coureur à pied. Coureurs de 800 mètres ou marathoniens, tous se retrouvaient et s’affrontaient dans les sous-bois et les “labours”, comme on dit. Le cross était alors considéré comme la base de la saison estivale… On chaussait “les pointes” pour aller s’endurcir à travers la campagne (traduction du cross-country) sur une petite dizaine de kilomètres en avalant tous les obstacles sur son passage : boue, barrières, fossés, buttes, mottes de terre... Avec de tels efforts à une intensité presque maximale, vous pouviez chanter l’été venu, car le foncier était bien acquis.

Le calendrier des cross était quasiment aussi fourni que celui des courses sur route actuel, s’étalant de la mi-novembre jusqu’à la mi-mars, période pendant laquelle vous pouviez vous en donner à pleins poumons et pleins mollets. Et je n’exagère pas en disant qu’à une époque, on demandait à un coureur s’il avait fait le cross du Figaro comme aujourd’hui on l’interrogerait sur sa participation au marathon de New York.

Le cross-country, c’est une odeur d’huile camphrée, une large ligne de départ où des coureurs (souvent frigorifiés) sont en position d’ « à vos marques », c’est un starter vociférant « les maillots dans les shorts ! » ou « les pieds derrière la ligne sinon je ne donne pas le départ ! ». C’est la tension dans l’attente du coup de pistolet libérateur, la trouille de louper son départ, car là-bas, au bout de la ligne droite, il y a un goulot d’étranglement que seuls les plus rapides franchiront sans encombre tandis que derrière, on va s’entasser, se bousculer. Après le départ, le cross, c’est aussi la quête de son second souffle, retrouver vite un équilibre respiratoire et faire tourner les jambes en fonction des obstacles et des adversaires.

C’est une lutte d’homme à homme, le compte-tours dans la zone rouge et une absence de chronomètre. Le cross, c’est enfin l’emballage final pour gagner – ou perdre… – quelques places, puis s’affaler dans les barrières d’arrivée complètement asphyxié ! Bref, le cross, c’est dur, c’est sale aussi, mais quelle rigolade, quand on se retrouve à se décrotter au bord d’un champ dans un abreuvoir à vaches !

Aujourd’hui, il y a moins de cross au calendrier. On court sur route ou en trail quasiment toute l’année. Et puis, cette façon de vivre le cross – à l’ancienne, j’en conviens – ne concerne plus à vrai dire qu’une frange restreinte de coureurs. Pour autant, il n’y a rien de “marteau” à mettre les pointes pendant les frimas de l’hiver. Certes moins nombreux, les cross ont aussi évolué pour se montrer plus accueillants pour tous les coureurs, et certaines organisations sont devenues de vraies belles fêtes où toute la famille peut participer.

Pour nous tous, coureurs, l’épreuve de cross garde son intérêt, en fin d’année, au même titre que les corridas citadines. On y entretient sa forme et sa motivation, on peut les courir en résistance, en vitesse, pour casser notre rythme de diesel qui s’est installé au fil des mois. À l’entraînement comme en course, cross et corridas peuvent se transformer en belles séances de qualité, qui vous feront progresser sans y penser. Si vous n’avez jamais essayé, c’est le moment d’y aller, un petit cross par-ci, une corrida par-là… Venez travailler votre rythme et votre mental dans la bonne humeur et bien avant l’été vous chanterez !

Dominique Chauvelier
7 championnats du monde de cross entre 1981 et 1996.

Rubrique "Entre nous", par Dominique Chauvelier