Parallèles

Laurent Fignon
Le

C’est amusant parfois comme on peut jeter des ponts entre le passé et le présent voire l’avenir. Deux récentes lectures m’ont irrésistiblement amené à tracer de ces parallèles troublantes ou simplement amusantes.

Actualité sportive oblige, j’attaque par le Tour de France cycliste. Palpitante édition, que j’ai savouré comme tant d’autres fans devant la télé. Parallèlement, je vis par procuration, la destinée de Laurent Fignon dans les pages de son bouquin « Nous étions jeunes et insouciants ». Toute une époque, la belle époque ? En tout cas c’était la mienne. Un Milan-San Remo pour lui, les 20 km de Rome pour moi, il gagne un Tour de France tandis que je gagne le marathon d’Helsinki… je jalousais alors sa carrière de cycliste. Ce livre regorge de belles histoires, de jambes qui brûlent, de rage de vaincre, de défaillances et d’orgueil, le sport des années 80 où l’on en bavait, ou l’on se marrait… Fignon, l’intellectuel, le rebelle, une star du sport français de l’époque, qui court aujourd’hui contre la maladie un adversaire autrement plus redoutable que ceux d’alors, mais en trouvant tout de même le temps de nous éclairer de son expérience sur les routes du Tour. Des routes que je vais retrouver dans peu de temps, pour cette toujours aussi incroyable aventure que constitue la France en courant… 15 jours et quelque 3000 bornes en relais, par équipes. De jour comme de nuit, gérer le sportif mais aussi l’humain. Une leçon de vie, complètement à l’écart du moindre éclairage médiatique!

Autre univers que celui qui m’accueille dans le « Courir » d’ Echenoz. Les méandres de la vie romancée d’Emile Zatopek, jeune ado ouvrier snifant du caoutchouc à longueur de journée dans une usine de chaussures avant de découvrir la course à pied lors de son service militaire. Premiers résultats obtenus « à l’insu de son plein gré », l’armée pour le confort social. Des records récompensés en grades jusqu’à celui de colonel. Puis le printemps de Prague, la dégradation, les mines et le retour à une vie de simple coureur. Quelle destinée, intimement liée à la politique d’un pays. Comment ne pas faire le parallèle avec ce que j’ai vécu, il y a… Longtemps! Mes plus belles années dans l’Elite. Celles d’un athlétisme où le marathon tenait son rang et suscitait de la considération. Je me réjouis aujourd’hui de voir renaître un « collectif marathon » dans le programme fédéral, des équipes de France hommes et femmes réunies pour des stages d’entraînement et de préparation, avant les mondiaux de Berlin dans quelques jours, et aussi dans l’optique de Londres 2012. Plus que des résultats immédiats, c’est la dynamique imprimée par ces rassemblements qui est importante pour le futur. L’expérience des plus anciens, à faire partager aux plus jeunes avant de passer le flambeau. Après de trop nombreuses années de vacance, ça fait plaisir de voir revivre une famille marathon. Une nouvelle page de tournée.

Rubrique "Entre nous", par Dominique Chauvelier