Construction familiale

chronique 298
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« Tu te rappelles de moi ? J’étais assis à côté de toi dans l’avion en allant à New York… » Interpellation anecdotique mais récurrente, avec une même réponse embarrassée : « Ben… euh… quelle année ? » – « En 93… » Gloups ! Avec près d’une vingtaine de participations et d’accompagnements au marathon de New York, cela fait bien quelques 747 et A330 remplis à ras bord de marathoniens ! Cependant, si ma boîte noire n’a pas tout enregistré, le gaillard m’est immédiatement sympathique. Du haut de ses… 97 kg, il n’a pas vraiment le physique type du marathonien, mais qu’importe. Du reste, c’est pour cette raison que je retrouve ce Jean-Séb’ en famille lors d’un séjour de remise en forme à la thalassothérapie de Carnac.
Le parcours du gros de la troupe est hélas classique : jeune étudiant à l’école des Mines, il avait choisi la course à pied pour la simplicité de la pratique et écumait les courses du Nord, avouant une préférence pour Maroile, si festive. 23 ans, 3 h 30 au marathon et 78 kg à l’époque. Le virus était là, mais il sera mis en sommeil par les virages de la vie, un mariage, deux enfants et, surtout, la création d’une entreprise de maçonnerie et de démolition, son dada ! Pour réussir, il met la main à la pâte, ou plutôt soulève les parpaings. S’il adore jouer avec son tractopelle, il ne joue plus à courir. Le stress, les heures sans fin d’un artisan, les mille excuses pour ne plus aller à l’entraînement…

Se reconstruire une silhouette

Les années passent et les kilos s’accumulent. Jusqu’au jour où le dépassement du quintal, à l’aube de la quarantaine, effraie le chef d’entreprise. Remise en forme pour une remise en cause. Il ressort les tee-shirts en coton délavé des années 90, un vieux short de basket vert pomme, investit dans une paire de runnings, achète Jogging : une pub, un stage, une thalasso. L’heure du renouveau a sonné. L’homme est cultivé, fait fi des apparences dans son accoutrement, en joue même avec humour dans l’environnement BCBG de la thalasso.
La volonté est là et, malgré le surpoids, son corps a gardé en mémoire un “pied” et une foulée dynamiques. Les fondations sont bonnes, ne reste plus au maçon qu’à se reconstruire une silhouette avec hygiène de vie et conseils diététiques appropriés.
C’est ainsi que je retrouve quelques mois plus tard la famille Nonque lors du semi-marathon de Djerba. « Djerba, une poésie dans la mémoire collective de la famille », me soufflera Jean-Séb allégé de 10 kg. En effet, son épouse Virginie s’était mise au jogging après la cure et participait à sa première course de 10 km accompagnée de Julie, leur fille aînée de 10 ans championne de natation synchronisée, qui tenait à suivre sa mère… devant ! Cette même Julie qui, au retour, fera un exposé pour sa classe de CM2 sur ce séjour tunisien : papa, maman, la course, sa course, les champions, les médailles, “ma” coupe… Exposé récompensé par la meilleure note de la classe. Le papa peut être fier de son œuvre. Il me donne rendez-vous à New York en 2017. Pour les 40 ans de madame.

Rubrique "Entre nous", par Dominique Chauvelier