Dans la légende des 24 heures

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Pour le Manceau que je suis, l’appellation “24 heures” est évidemment liée à l’épreuve reine de l’endurance automobile, les 24 Heures du Mans auto. Le terme “endurance” signifiant un effort de longue durée, il m’a semblé approprié de dénommer mon club de coureurs “Endurance 72”. Vroom !

Souvenirs d’enfance où, l’oreille scotchée au transistor, je pointais heure par heure, durant toute la nuit, la position des voitures, grâce au réveil planqué sous les draps. Je revois ainsi l’édition 1969 où, après 4 998 km de course, la Ford GT 40 et la Porsche 908 franchirent le drapeau à damier roues dans roues. Du jamais vu ! L’aileron de la Chaparral, le casque vert de Pescaloro, la fine moustache de Graham Hill, la ligne droite des Hunaudières, les autocollants Yacco, Antar, Marchal et Shell collés dans ma chambre…

Les images ressurgissent au rythme des touches que je tapote sur mon clavier d’ordinateur, car aujourd’hui, ce sont les 24 heures pédestres qui m’interpellent. Après s’être demandé en combien de temps pourrait-on courir un kilomètre, puis dix, d’autres aventuriers se sont posé la question sur cent kilomètres, voire de la plus grande distance à parcourir en 24 heures ! Le transistor s’est transformé en Internet et une souris m’a servi à suivre le parcours de mon copain d’entraînement Jacques Hinet lors des derniers championnats de France des 24 heures à Séné, près de Vannes. Un clic pour connaître la position de son maillot rouge Ferrari, les cent premiers kilomètres en neuf heures… Ce départ me semble rapide et je rentre dans la (sa) course.

Nouveau clic quelques heures plus tard : arrêt au stand, plus de sucre, des problèmes intestinaux et changement de carburant : des graisses et des boissons chaudes. Clic de nuit : quatrième, surtout ne pas dormir… pour lui. L’intendance devient primordiale, madame est le chef mécano et pointe tous les tours de ce circuit de 1 380 mètres (!). Clic, les pieds chauffent, massage et changement de pneumatiques. Il comble son retard, tout se jouera dans les dernières heures.

Le lendemain matin, je pars courir, pendant qu’il galère. Suspense.

Au retour, je clique avant même la douche: 21e heure, les premiers caracolent ensemble, le mental sera primordial. 23e heure, je mange en famille, il vire en tête. 24 heures sonnent. Pour sa première tentative, Jacques gagne avec un total de 240 km, quelques centaines de mètres devant son second. Allongé sous une couverture, mon champion de France m’appelle. Il est heureux. Moi aussi. Bonheur simple et pudique. Il ne fera pas la une de L’Équipe du lendemain mais le champagne coulera au club dès son retour.

Mieux encore, ce même week-end, la kiné des Landes Anne-Cécile Fontaine deviendra championne du monde en Italie avec un total de 243 km ! Fantastique exploit puisqu’elle termine troisième du classement général mixte ! La physiologie nous rappelle que plus les distances sont longues et plus la gent féminine se rapproche de l’homme, sauf qu’Anne-Cécile mettra 15 km dans la vue du premier Tricolore homme !

Ah, j’oublais : Anne-Cécile échouera de treize petits mètres sur la meilleure performance mondiale. Elle ne fera pas non plus la une des flashes info, mais je suis heureux de lui rendre hommage dans cette page. Et 24 heures plus tard, elle massait ses patients !
Champion de France des 24 heures à Séné (56) : Jacques Hinet avec 240,29 km. Championne du monde des 24 heures en Italie : Anne-Cécile Fontaine avec 243,644 km.

Rubrique "Entre nous", par Dominique Chauvelier