« Roues de souffrance »

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Il m’a toujours été difficile de pratiquer un autre sport en raison de mon entraînement quotidien (voire biquotidien), par manque de temps (excuse facile !), par défaut de « punch » (plutôt vrai) et surtout à cause de ce sentiment de culpabilité : une autre pratique sportive induirait une diminution des kilomètres en fin de semaine… Bref ! Les réflexions banales du drogué de la course à pied un peu (beaucoup) borné.

La carrière de champion étant derrière moi, les excuses devenaient de moins en moins valables et je devais bien me résoudre, petit à petit, à mettre en pratique les conseils donnés aux autres. Après avoir dépoussiéré les toiles d’araignées de mon beau vélo rouge et effectué quelques sorties (cinq), mon esprit compétiteur me fit m’inscrire au championnat de France de duathlon par catégorie d’âge, début juillet, à Chaumont, histoire d’entretenir une motivation ! Comme si j’avais besoin de cela !
Je pars donc seul dans la Marne, le vélo dans le coffre et la boule au ventre comme lors de mon premier championnat de France cadet de cross… en 1973 à Méry-sur-Oise (je m’en souviens comme si c’était hier). L’inconnue de ce sport, la découverte d’un monde plutôt « cyclard » que coureur à pied parmi ces duathlètes, la honte de ne pas savoir combien de dents ont mes pignons et plateaux, je sais seulement que je chausse du 44 (!), la pression est bien là et mon désir de bien faire aussi.
Le contrat à effectuer : 10 km de course à pied pour commencer, 5 pour finir et entre les deux, 42 km (tiens donc !) à vélo sur un parcours toboggan, avec « droit au drafting » c’est-à-dire autorisation de « sucer les roues », ce qui devrait, en principe, m’avantager.

« La compétition ne s’improvise pas, nous l’apprenons vite à nos dépens… »

Tel le néophyte, j’écoute, j’observe. Briefing d’avant course, règlement sur les périodes de transition, rien n’est effectué à la légère : sécurité oblige sinon gare au carton rouge des arbitres à l’autorité très ferme. Je suis un écolier attentif, un « cadet » ce jour-là ! Je pose quelques questions primaires, évidentes pour le spécialiste, mais par pour moi. C’est l’inverse de l’habitude où j’apporte des réponses au coureur à pied, évidentes pour moi, rassurantes pour lui.

C’est parti pour 10 km de course facile (pour moi) en un peu plus de 30 minutes avec 1 minute et demi d’avance lorsque j’enfourche mon vélo… cinq kilomètres plus tard, je me fais doubler par un premier concurrent cycliste, puis par trois autres. Incapable de les suivre, je manque de puissance dans les côtes, moi qui croyais être un bon grimpeur et mes descentes sont catastrophiques : les deux mains sur les cocottes de frein dès l’apparition d’un virage. Trois pelotons d’une vingtaine de coureurs me doubleront ainsi à des vitesses vertigineuses, slalomant entre les ronds-points. Le moral est en berne, les jambes ne répondent plus, je souffre terriblement, les 42 km me semblent interminables. Je compte les montées : douze au total et autant de descentes techniques.

Idées noires : j’ai une pensée pour les coureurs « lâchés » du Tour de France, incapables de suivre le moindre « gruppetto », le mot abandon traverse un moment mon esprit, j’en suis surpris car cela ne m’arrive jamais. Qui disait que le drafting allait m’avantager ? Je suis bien incapable de suivre qui que ce soit. Je rentre ainsi 65e dans le parc à vélo.

Les cinq derniers kilomètres de course à pied sont une formalité me permettant de redoubler une trentaine de concurrents et d’obtenir un nouveau titre de champion de France vétéran, mais quelle souffrance durant ces deux heures d’effort où mon manque d’entraînement à vélo se fait terriblement sentir !
Toute compétition ne s’improvise pas, nous l’apprenons vite à nos dépens. Mais l’expérience est enrichissante. Depuis, j’ai repris mon vélo, j’y consacre mon lundi. Dans une autre vie, je serai coureur cycliste, c’était mon rêve de gosse !

PS : Je remercie le club de duathlon de Châteauroux pour m’avoir accueilli dans son groupe et prodigué de précieux conseils lors de ce week-end. Bonne saison à vous.

Rubrique "Entre nous", par Dominique Chauvelier

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