Brèves de trottoir

Chronique 230
Le

Quelle belle fin de saison ! La plupart des grandes courses ont boosté leur nombre de participants de 10 à 20 %. De nouveaux adeptes prennent part à des épreuves souvent avec brio, se découvrant des talents inattendus. Une fois de plus je me suis noyé dans cette masse de coureurs m’auto-proclamant meneur d’allure d’un peloton à 1 heure et demi aux 20 km de Paris ou de 3 heures au marathon de Reims, avec en dessert une nouvelle participation à un marathon de New York très chaud qui a battu tous les records de popularité.

Je me délecte de ces ambiances. Ce rythme de 12 à 14 km/h ne m’est pas naturel mais mon esprit se trouve tellement occupé par ailleurs que mon corps s’adapte sans problème ni lassitude à ce faux-rythme imposé. Des images, des couleurs, des bruits, des paroles, de coureurs sérieux, de rigolards (au début), des tapes dans le dos me font oublier que je suis en train de courir mécaniquement.
Je suis admiratif de ce petit costaud haltérophile d’un mètre cinquante ou de ce septuagénaire qui en montre à plus d’un, contemplatif devant (non, derrière) les jambes longilignes de cette belle brune, déçu par le nombre de coureurs en Tshirt coton, par les bousculades aux ravitaillements, surpris par les anciennes rencontres « tu te souviens on s’est vu à New York en 1992 »… « ben, euh oui ! bien sûr.. .hum ! ». Surpris toujours à la multitude de bras qui se lèvent en réponse à la question que je lance en pleine action : « quels sont ceux qui participent pour la première fois à un marathon ? »

Je ne peux m’empêcher de penser à un néophyte du macadam ou encore à un simple spectateur étranger à notre monde de runners, qui surprendrait les bribes de vos conversations…

« tu mets la barre à combien ? » « Tu vises quoi ? » pour exprimer votre souhait chronométrique. On parle de saut en hauteur ou de l’ouverture de la chasse ? surtout si vous rajoutez « les lièvres sont partis trop vite » ! Notre béotien découvrira une foule de coureurs : le terminator : « mes jambes tournaient toutes seules, puis j’ai explosé au 30e ! », l’accidenté : « j’suis rentré dans le mur » « j’ai éclaté » « je m’suis cramé, j’suis mort », l’alcoolique « j’ai bu à tous les ravitaillements » « il faut boire avant d’avoir soif » « j’ai attrapé les ballons (de) rouges » « j’ai fait le Médoc », l’imperméable qui est « passé entre les gouttes », le technicien qui disserte sur torsion, gel et bulles d’air, le mathématicien qui « enchaîne 5 mille à 85 % de sa VMA soit 170 puls (ouf !) », l’obsédé(e) qui a « su… » ou « s’est fait tirer » toute la course sans prendre le moindre relais ».

J’aime aussi le fan : « Je cours avec les mêmes baskets que Benoît Z », le modeste « J’ai couru le marathon en quatre heures moins le quart », l’intellectuel sceptique « Pourquoi j’attends trop le dernier moment pour tout donner ? Quand c’est le moment il est trop tard ! », l’incorrigible « A chaque fois je m’en veux mais c’est trop tard… », le bleu à qui on demande « Tu cours en quoi ? » pour connaître sa catégorie et qui répond « En short ! », le naïf géomètre « Puis-je faire des lignes droites en virage ? »
Allez, pour la fin la plus récente, entendue après l’arrivée du dernier marathon de New York « C’était dur, mais dur comme… comme rien ! ça ne ressemble à rien comme dureté… »

Je ne m’en lasse pas… Pire, j’en redemande !

Rubrique "Entre nous", par Dominique Chauvelier